Le 5 mai 2026, Cuba a publié dans la Gaceta Oficial une nouvelle loi sur les migrations, la citoyenneté et les étrangers. Attention : cette loi n’entre pas en vigueur immédiatement. Son application est prévue 180 jours après la publication, soit vers novembre 2026. Elle a été présentée comme une grande ouverture envers les Cubains vivant à l’étranger. Et il y a effectivement de bonnes nouvelles. Mais pour être honnête, tout ne change pas. Voici un portrait clair et sans exagération.
Les vraies avancées
Ces nouveautés s’appliqueront une fois la loi entrée en vigueur, attendue vers novembre 2026. Voici ce qu’elles prévoient.
Le passeport plus accessible. La demande de passeport cubain peut désormais se faire plus rapidement, sans les délais et formalités qui décourageaient beaucoup de familles.
Fin de la limite des 24 mois. C’est sans doute le changement le plus important. Avant, un Cubain qui restait plus de deux ans à l’étranger basculait automatiquement dans le statut d’« émigré » et perdait certains droits. Cette limite est supprimée : on peut maintenant vivre à l’étranger sans perdre son statut pour cette seule raison.
La double nationalité tolérée. La loi introduit la notion de « citoyenneté effective ». Concrètement, acquérir une autre nationalité (canadienne, espagnole, américaine…) ne fait plus perdre la citoyenneté cubaine.
Les biens restent protégés. Les Cubains résidant à l’étranger conservent le droit d’utiliser et de disposer de leur patrimoine sur l’île (maison, terrain…). Fini la crainte de tout perdre en partant trop longtemps.
Ouverture aux petits-enfants. La possibilité de demander la citoyenneté cubaine est étendue aux petits-enfants de Cubains, et plus seulement aux enfants.
À noter : un statut spécial « investisseurs », mis en place dès 2026 par un décret distinct déjà en vigueur, permet aux Cubains de l’étranger de participer à l’économie de l’île, par exemple en possédant une entreprise privée.
La réalité : ce qui ne change pas
C’est la partie que les annonces officielles mettent moins en avant, mais elle est importante à connaître.
Le passeport cubain reste obligatoire à Cuba. Même avec une double nationalité, un Cubain doit toujours entrer et s’identifier sur l’île avec son passeport cubain. La double nationalité est donc tolérée… mais pas pleinement reconnue dans les faits.
L’État garde un large pouvoir de contrôle. La loi prévoit dix motifs qui peuvent empêcher un Cubain de quitter le pays (procédure judiciaire en cours, service militaire, raisons de sécurité nationale, rétention de « main-d’œuvre qualifiée », etc.). Les autorités conservent aussi une marge importante pour refuser l’entrée à des personnes considérées comme critiques du gouvernement.
Une nouvelle Police des migrations est officialisée, avec une compétence sur tout le territoire et des pouvoirs élargis.
Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ?
Pour la grande majorité des Cubains de la diaspora — ceux qui veulent simplement rendre visite à leur famille, garder leur maison ou transmettre leur nationalité à leurs enfants et petits-enfants — la nouvelle loi est une réelle amélioration. Elle enlève des obstacles concrets et lève l’épée de Damoclès des 24 mois.
Pour les personnes en désaccord avec le gouvernement, en revanche, la situation change peu : l’État conserve les outils pour contrôler les entrées et les sorties.
En résumé
La nouvelle loi migratoire cubaine est un vrai pas en avant pour rapprocher la diaspora de son île, surtout sur les questions de patrimoine, de nationalité et de durée de séjour. Mais ce n’est pas une ouverture totale : l’obligation du passeport cubain et le contrôle de l’État restent bien présents. Une avancée réelle, donc, à condition de ne pas oublier la moitié du tableau.
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