Lettre ouverte — Quand aimer Cuba fait mal
Quand aimer Cuba fait mal
Un texte pour ceux qui aiment Cuba de près, de loin, et parfois dans l’inquiétude.
Il y a des jours où aimer Cuba à distance devient lourd.
Lourd parce qu’on attend un message qui n’arrive pas.
Lourd parce qu’on regarde son téléphone encore et encore.
Lourd parce qu’on ne sait plus si la personne qu’on aime ne répond pas parce qu’elle est occupée… ou parce qu’il n’y a pas d’électricité, pas d’Internet, pas d’eau, pas de force.
Quand on a une conjointe, de la famille ou des amis à Cuba, on ne vit pas la crise de loin. On la vit dans le cœur.
On la vit dans les silences.
Dans les appels qui coupent.
Dans les messages envoyés sans réponse.
Dans cette inquiétude qui revient chaque jour.
Aujourd’hui, parler avec quelqu’un à Cuba est devenu un combat.
Il faut attendre le courant.
Attendre un peu de réseau.
Attendre que le téléphone puisse charger.
Attendre qu’Internet fonctionne assez longtemps pour entendre une voix, quelques secondes.
Et parfois, même ça, c’est trop demander.
Pendant ce temps, la vie continue là-bas, mais elle continue difficilement.
Les prix montent sans arrêt.
La nourriture devient difficile à trouver.
L’eau manque parfois.
L’électricité arrive trop peu.
Les familles doivent inventer des solutions chaque jour pour simplement tenir debout.
Ce ne sont pas des histoires exagérées.
Ce ne sont pas des rumeurs.
Ce n’est pas du théâtre.
C’est la vie réelle de beaucoup de Cubains.
Et je pense qu’il faut avoir le courage de le dire :
Le dire, ce n’est pas faire de la politique.
Ce n’est pas accuser.
Ce n’est pas chercher la chicane.
C’est simplement refuser de fermer les yeux.
Parce qu’aimer Cuba, ce n’est pas seulement aimer ses plages, sa musique, ses sourires et sa chaleur humaine.
Aimer Cuba, c’est aussi regarder la réalité quand elle est dure.
C’est penser aux familles qui vivent dans le noir.
C’est penser aux enfants qui grandissent dans le manque.
C’est penser aux mères qui se demandent quoi mettre sur la table.
C’est penser aux gens qu’on aime, qui continuent à sourire même quand la vie leur enlève presque tout.
Je ne juge pas ceux qui vont à Cuba pour voir leur famille, leur conjointe, leurs enfants ou pour apporter de l’aide. Ces voyages-là, je les comprends profondément. Quand le cœur est là-bas, partir n’est pas un luxe. C’est parfois une nécessité.
Mais pour ceux qui voient encore Cuba seulement comme une destination pour décrocher, prendre du soleil et oublier leurs problèmes quelques jours, je vous invite sincèrement à réfléchir.
Pas avec colère.
Pas avec culpabilité.
Avec conscience.
Parce que derrière chaque beau paysage, il y a un peuple qui tient bon.
Derrière chaque sourire, il y a parfois une fatigue immense.
Derrière chaque “ça va”, il y a souvent beaucoup de choses qu’on ne dit pas.
Cuba, c’est des familles.
Cuba, c’est des visages.
Cuba, c’est des gens qui manquent de tout, sauf de courage.
Cuba, c’est des personnes qu’on aime et qu’on voudrait protéger, même à des milliers de kilomètres.
Et le plus difficile, c’est de ne pas pouvoir faire assez.
Ne pas pouvoir rallumer le courant.
Ne pas pouvoir faire revenir l’eau.
Ne pas pouvoir faire baisser les prix.
Ne pas pouvoir enlever l’inquiétude dans la voix de ceux qu’on aime.
Alors on aide comme on peut.
On écoute.
On envoie ce qu’on peut.
On attend.
On espère.
On recommence le lendemain.
Je n’écris pas ce texte pour diviser.
Je l’écris parce qu’il y a des vérités qu’on ne peut plus garder en silence.
Je l’écris pour ceux qui aiment quelqu’un à Cuba.
Pour ceux qui attendent un message.
Pour ceux qui s’inquiètent chaque soir.
Pour ceux qui savent que derrière la beauté de Cuba, il y a aujourd’hui une réalité qui fait mal.
On peut aimer Cuba sans fermer les yeux.
On peut respecter Cuba sans faire semblant que tout va bien.
Et peut-être que le vrai amour pour Cuba commence justement là : dans la capacité de voir sa douleur, de respecter son peuple, et de ne pas réduire ce pays à ce qu’il nous donne quand nous y sommes de passage.
Parce que quand on aime vraiment Cuba, on ne regarde pas ailleurs.
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