Il y a des articles qu’on n’a jamais voulu écrire.
Depuis plus de six ans, Passion Varadero n’est pas seulement un site d’aide de voyage. C’est une communauté qui s’est mobilisée, semaine après semaine, pour porter quelque chose de concret vers Cuba. Des centaines de valises de dons. Des milliers de dollars distribués. Des médicaments, des vêtements, du matériel scolaire acheminés vers des familles, des orphelinats, des hôpitaux qui en avaient désespérément besoin. Des voyages de groupe organisés avec l’aide humanitaire comme boussole — pas comme prétexte, comme raison d’être. Des activités pour des enfants qui n’avaient parfois jamais vu quelqu’un venir de si loin juste pour eux.
Aujourd’hui, on se retrouve pieds et mains liés. Et on vous doit une réflexion honnête.

Ce qui se passe en ce moment : un effondrement aérien sans précédent
En quelques mois, Cuba a perdu une grande partie de ses connexions aériennes avec le monde. Ce n’est pas une rumeur, ce n’est pas une exagération — les chiffres parlent d’eux-mêmes.
- Air France a suspendu Paris–La Havane depuis le 29 mars 2026, au minimum jusqu’au 15 juin.
- Cubana de Aviación a annulé ses vols Madrid–Santiago–La Havane à partir du 12 mai 2026.
- Iberia suspend ses liaisons directes vers Cuba dès juin 2026.
- Air Canada, WestJet, Air Transat ont mis fin à leurs vols jusqu’en novembre 2026.
- Au total : 11 compagnies aériennes suspendues, plus de 1 700 vols annulés depuis le début de l’année.
Derrière ces chiffres, il y a plusieurs causes qui se superposent : une pénurie historique de kérosène sur l’île depuis février, des sanctions américaines renforcées par un Executive Order signé le 1er mai 2026, et une demande touristique qui s’est effondrée bien avant que les avions cessent de voler.
Cuba n’est pas coupée du monde — il reste quelques compagnies qui opèrent, avec des escalés et des détours. Mais pour des milliers de personnes, la connexion est rompue.
Des familles, des enfants, des orphelins — ce qu’on ne peut plus atteindre
Quand les gens pensent aux conséquences des vols annulés, ils pensent aux touristes. Aux voyages de rêve reportés. Aux remboursements à réclamer.
Nous, on pense à autre chose.
On pense aux orphelinats qu’on visitait, aux enfants qu’on connaît par leur prénom, aux directeurs d’établissements qui nous écrivaient pour nous dire que les fournitures scolaires qu’on avait apportées l’année d’avant avaient tenu toute l’année. On pense aux hôpitaux qui attendaient du matériel médical — du matériel qu’on avait collecté, trié, emballé, transporté en valise parce qu’il n’existait aucune autre façon de le faire arriver à destination. On pense aux familles dans le besoin que nos membres avaient « adoptées » de loin, à qui ils envoyaient ce qu’ils pouvaient, et qui recevaient enfin quelque chose de tangible quand un groupe de Passion Varadero arrivait sur le terrain.
Tout ça est suspendu. Pas parce que la volonté manque. Parce que les avions ne volent plus.
Et pendant ce temps, Cuba vit. Difficilement. Des coupures d’électricité de 15 à 20 heures par jour hors des zones touristiques. Des pénuries alimentaires. Une économie sous pression extrême. Les enfants qu’on allait voir continuent de grandir, dans des conditions qui se détériorent. C’est ça, la réalité qu’on ne peut pas mettre en attente.

Ceux qu’on oublie dans les communiqués officiels
Il y a aussi eux — les couples à distance. Les familles séparées par des milliers de kilomètres et maintenant aussi par l’absence de vols.
Cuba–Canada. Cuba–Espagne. Cuba–France. Ces histoires d’amour et de famille construites malgré tout, malgré les démarches d’immigration interminables, malgré les délais, malgré les coûts. Ces femmes et ces hommes qui attendaient des retrouvailles depuis des mois et qui ont vu leur billet annulé du jour au lendemain.
Pour eux, un vol annulé c’est des mois de séparation en plus. Parfois bien davantage. Et aucune statistique ne capture ça.
Ce que vit Cuba en ce moment — sans prendre de parti
Passion Varadero n’est pas un site politique. On ne l’a jamais été, on ne le sera pas. Ce n’est pas notre rôle, et ce n’est pas ce que vous venez chercher ici.
Mais on peut vous dire ce qui est observable, factuel, humain.
Cuba traverse une crise énergétique d’une sévérité rare. Le pays a vécu deux pannes électriques nationales en mars 2026. L’approvisionnement en pétrole, historiquement assuré par le Venezuela, s’est tari sous des pressions extérieures. Les conséquences se mesurent en heures sans lumière, en générateurs qui tournent au ralenti, en médicaments qui manquent dans des hôpitaux qu’on connaît par leur nom.
On ne vous dira pas qui a tort ou qui a raison dans cette équation géopolitique complexe. Ce serait trop simple, et ce serait vous mentir. Ce qu’on peut dire, c’est que ce sont toujours les mêmes qui paient la facture la plus lourde : les enfants des orphelinats, les patients des hôpitaux de campagne, les familles ordinaires qui n’ont demandé qu’à vivre dignement.

Quand pourra-t-on vraiment voler vers Cuba de nouveau ?
C’est la question que tout le monde nous pose. Et on va vous répondre franchement, même si la réponse est inconfortable.
Il n’y a pas de date.
Les compagnies aériennes ne reviendront pas tant que deux conditions ne seront pas réunies : un approvisionnement en carburant stable et garanti sur l’île, et un contexte géopolitique qui ne menace plus leurs opérations et leurs partenaires financiers. Ces deux conditions dépendent de dynamiques qui dépassent largement le secteur du tourisme.
Les scénarios réalistes, tels qu’on peut les lire entre les lignes :
- Scénario optimiste — automne 2026 : Une amélioration énergétique permet à quelques compagnies de reprendre prudemment, d’abord vers La Havane. Varadero et les zones touristiques suivent. Les liaisons vers Santiago et Holguín restent incertaines.
- Scénario médian — hiver 2026–2027 : Quelques vols reprennent avec des fréquences réduites et des prix plus élevés. La connectivité reste fragile, les vols de groupe humanitaires difficiles à organiser.
- Scénario pessimiste : La situation se fige. Les compagnies retirent définitivement Cuba de leurs routes. La réouverture dépend alors d’un changement diplomatique profond qu’aucun calendrier ne peut prédire.
On espère sincèrement le premier scénario. Mais l’honnêteté nous oblige à nommer les autres.

Ce qu’on peut faire, maintenant
Si vous avez un vol annulé : exigez votre remboursement complet. La réglementation européenne (CE 261/2004) et canadienne (RPPA) vous protège. N’acceptez pas un avoir si vous ne souhaitez pas changer de date.
Si vous cherchez à rejoindre un proche à Cuba : des alternatives existent, même fastidieuses. Via Panama avec Copa Airlines. Via Mexico. Via la République dominicaine. Des trajets plus longs, plus coûteux — mais qui permettent de maintenir le lien quand c’est vital.
Si vous faites des démarches d’immigration pour rejoindre un conjoint cubain : continuez. Les délais s’allongent partout, mais les dossiers avancent. La situation des vols est temporaire — les statuts légaux ouvrent des portes durables.
Et si vous voulez continuer à aider malgré tout : les besoins sur le terrain n’ont pas diminué, ils ont augmenté. Quand les avions reprendront, chaque valise de dons comptera encore plus qu’avant. On sera là pour organiser, coordonner, et partir avec vous.
Après six ans : pourquoi on continue malgré tout
On nous a parfois demandé pourquoi on fait ça. Pourquoi des centaines d’articles, des centaines de valises, des milliers d’heures bénévoles, pour un pays aussi imprévisible, aussi complexe, aussi difficile à aimer parfois.
La réponse n’a pas changé d’un millimètre.
Parce qu’on a vu le visage d’un enfant qui reçoit des crayons pour la première fois de l’année. Parce qu’on a serré la main d’une directrice d’orphelinat qui nous remerciait pour des médicaments qu’on avait transportés dans nos bagages personnels. Parce qu’on a partagé des repas dans des maisons où on nous a offert ce qu’il y avait — pas ce qu’on aurait voulu nous donner.
Cuba, pour nous, ce n’est pas une destination. Ce sont des visages, des prénoms, des histoires qu’on porte avec nous depuis six ans.
Les avions s’arrêtent. L’engagement, lui, ne s’arrête pas.
Passion Varadero continuera à suivre la situation semaine après semaine. On vous informera dès qu’une compagnie annonce un retour, dès qu’une fenêtre s’ouvre, dès qu’un voyage humanitaire redevient possible à organiser.
En attendant, prenez soin de vous. Et n’oubliez pas ceux qui attendent, là-bas, que le monde se souvienne d’eux.
— L’équipe Passion Varadero, Renaud Canuel
Questions fréquentes
Quels vols fonctionnent encore vers Cuba en 2026 ?
Quelques compagnies maintiennent des liaisons avec escales techniques : Copa Airlines via Panama, certaines liaisons via Mexico ou la République dominicaine. Le nombre d’options reste très réduit par rapport à la normale, et les prix ont considérablement augmenté.
Puis-je obtenir un remboursement pour mon vol annulé vers Cuba ?
Oui. Si votre compagnie a annulé le vol, vous avez droit à un remboursement complet selon la réglementation en vigueur (CE 261/2004 pour les vols européens, RPPA pour les vols au Canada). Refusez un avoir si vous ne souhaitez pas repousser votre voyage — la loi est de votre côté.
Comment continuer à envoyer des dons et de l’aide à Cuba malgré l’absence de vols ?
Pour le moment, les envois physiques (valises de dons) sont très difficiles à organiser sans liaisons directes fiables. Les transferts financiers via des plateformes adaptées restent une option pour soutenir des familles ou des organismes sur place. Suivez nos mises à jour — dès que les vols reprennent, on organisera de nouveaux voyages humanitaires avec la communauté.
Quand les vols vers Cuba reprendront-ils normalement ?
Aucune date n’est garantie. La reprise dépend de l’approvisionnement en carburant et du contexte géopolitique. L’automne 2026 est le scénario optimiste le plus évoqué, mais la situation reste imprévisible. Nous vous tiendrons informés dès que des annonces concrètes sont faites.
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