Cuba face à la « heure zéro » : internet et électricité sur la corde raide
Depuis plusieurs semaines, des rumeurs circulent à Cuba sur une possible “chute à tout moment” des connexions internet et de l’alimentation électrique. Cette situation serait une conséquence d’une pénurie aiguë d’hydrocarbures baptisée par certains “l’heure zéro”.
« Heure zéro » : d’une expression alarmiste à un scénario plausible
L’expression “hora cero” s’est imposée dans le débat public début 2026. En effet, Jorge Piñón, spécialiste de l’énergie (Université du Texas), a averti qu’en l’absence de nouveaux tankers d’ici la mi‑mars, Cuba atteindrait une “heure zéro” de carburant. Il a souligné aussi des risques évidents pour la génération électrique, le transport et d’autres services essentiels. Piñón évoque une consommation d’environ 20 000 barils/jour de diesel et l’interruption de livraisons détectables début 2026. Cela a suivi une dernière cargaison le 9 janvier.
Des pannes massives et récurrentes… jusqu’en mars 2026
Le 4‑5 mars 2026, une défaillance liée à l’arrêt d’une grande centrale thermoélectrique a plongé l’ouest du pays (jusqu’à Camagüey) dans le noir, y compris La Havane ; au moins 72 heures ont été évoquées pour rétablir l’unité fautive. Dans ce contexte, les autorités priorisaient hôpitaux et services vitaux.
Ces grands black‑outs s’inscrivent dans une série d’effondrements de réseau observés en 2024‑2025. On peut inclure septembre 2025, cinquième panne nationale en un an. Cela met en évidence le vieillissement des centrales au fioul, le manque de pièces et la pénurie de combustible.
En mars 2025, après une déconnexion de l’ensemble du réseau, l’opérateur n’avait que ~225 MW disponibles. Cela correspond à moins de 10 % du nécessaire pour couvrir les services vitaux. Cependant, il y a eu un redémarrage progressif des unités vieillissantes.
Pourquoi la crise électrique touche directement internet
À Cuba, l’unique opérateur ETECSA fait fonctionner l’essentiel des antennes et centraux avec l’électricité du réseau et des groupes électrogènes ; lors des délestages prolongés, la couverture mobile et les données chutent mécaniquement. De ce fait, l’opérateur réduit ses services à l’essentiel.
Les grands black‑outs nationaux s’accompagnent d’une baisse nette du trafic internet mesurée par des observatoires
ETECSA elle‑même a reconnu en 2025 des pannes et des moyens financiers insuffisants pour maintenir l’investissement technologique de 2022. Ceci intervient sur fond d’infrastructures fragiles et de vandalisme ciblant les batteries et câbles.
Alors, tout peut‑il “tomber à tout moment” ?
- Factuellement, le risque de nouvelles pannes majeures est élevé : la centralité de l’Antonio Guiteras, l’âge des unités, la rareté du fioul/diesel et un réseau à faible redondance créent un système “au bord de la rupture”, où une avarie peut déclencher un effet domino.
- Côté internet, un effondrement total durable n’est pas inévitable : en temps normal, les réseaux continuent d’opérer dans les zones alimentées (ou dotées de secours), mais les coupures électriques longues provoquent des zones sans signal ou une forte dégradation, et des restrictions ciblées peuvent s’ajouter lors d’événements sensibles.
Conclusion prudente : les rumeurs d’une “chute subite” permanente sont amplifiées par l’angoisse du quotidien. Cependant, elles s’appuient sur un fondement réel : la pénurie de carburant et la vétusté du parc rendent probables de nouveaux effondrements temporaires du réseau électrique. Cela a aussi des impacts immédiats sur internet.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours
- Le trafic des tankers : arrivée/annulation de cargaisons (diesel, fioul) et signaux d’allègement des contraintes ; des suivis récents traquent des navires comme le Seahorse.
- L’état de l’Antonio Guiteras et d’autres unités clés (Felton, Mariel, Renté) : chaque arrêt non planifié augmente le risque d’un “reboot” national.
En bref
Les rumeurs d’une panne “à tout moment” ne sont pas dénuées de fondement : pénurie de carburant, importations en chute, centrales vieillissantes et déficits record composent un cocktail qui met l’électricité – et donc internet – sous haute tension. En réalité, la question n’est pas tant si d’autres interruptions survenaient, mais quand, où, et combien de temps elles dureraient. Cela reste vrai en attendant un éventuel répit logistique (nouveaux arrivages) ou une réduction durable de la demande.
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