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Électricité, carburant, tourisme : l’effet domino de la fin du pétrole vénézuélien
Le 3 janvier 2026, les États‑Unis annoncent la capture de Nicolás Maduro au terme d’une opération nocturne à Caracas. L’événement déclenche une onde de choc géopolitique dans la région et reconfigure les flux pétroliers qui soutenaient l’économie de Cuba, alliée de longue date du Venezuela.
Dans les heures et jours suivants, le président Donald Trump affirme que « Cuba est prête à tomber », liant la survie du régime cubain au pétrole vénézuélien et laissant entendre que la fin de ces livraisons fragiliserait encore davantage l’île. Ces propos sont relayés et analysés par plusieurs médias (USA Today, Politico, ABC News, Al Jazeera), alors que La Havane dénonce une agression et appelle au respect du droit international.
📉 Une économie déjà au bord de la rupture
Avant même l’opération contre Maduro, Cuba traversait sa pire crise depuis des décennies : pénuries de carburant, inflation, défaillances du réseau électrique, black‑outs nationaux répétés, et tourisme en net recul par rapport aux niveaux pré‑pandémiques. En 2025, l’île a subi au moins cinq coupures à l’échelle du pays, avec des déficits horaires dépassant régulièrement 1 300–1 700 MW ; la situation perdure début 2026, avec des prévisions d’impact dépassant 1 700 MW aux heures de pointe.
Les chiffres officiels et observateurs indépendants décrivent une production électrique en chute d’environ 25 % en quatre ans, résultat d’infrastructures vieillissantes, d’un manque chronique de pièces et de carburant pour les unités thermiques et la génération distribuée.
⛽ Le nerf de la guerre : les hydrocarbures
Cuba produit très peu de pétrole : autour de 25 000 barils/jour (EIA). Le reste — carburants pour la production électrique et le transport — dépend d’importations. Jusqu’à fin 2025, PDVSA livrait à Cuba entre 27 000 et 35 000 barils/jour selon les mois, mais ces volumes ont chuté fortement (jusqu’à 10 000 b/j en janvier 2025) puis ont été menacés par l’opération américaine et les saisies de tankers.
Parallèlement, le Mexique est devenu un fournisseur clé. D’après des rapports et dépêches fondés sur les documents de Pemex déposés à la SEC, les livraisons vers Cuba ont augmenté en 2024, avec des moyennes de l’ordre de ~20 000 b/j de brut (et quelques milliers de b/j de produits), puis des rythmes 17–22 000 b/j sur une partie de 2025, malgré des variations et des baisses ponctuelles en fin d’année.
La présidente Claudia Sheinbaum a confirmé publiquement la dimension contractuelle et humanitaire de ces envois (« contrats » et aide humanitaire), indiquant que le Mexique maintient ses expéditions malgré la crise vénézuélienne. Les détails (volumes, prix) restent toutefois peu transparents, certains flux étant opérés via la filiale Gasolinas Bienestar.
En bref : production locale faible, importations vénézuéliennes en chute et incertaines, rôle croissant du Mexique (à des niveaux qui restent insuffisants pour combler toutes les ruptures).
🇲🇽 Pourquoi le pétrole mexicain devient « clé »
- Substitution partielle à PDVSA : avec la réduction des livraisons vénézuéliennes et le risque d’un arrêt complet, Pemex est l’un des rares fournisseurs capables d’expédier rapidement du brut exploitable par les raffineries cubaines (ex. Olmeca).
- Cadre politique assumé : Mexico présente ces flux comme historiques, « contractuels » et humanitaires, et dit vouloir les poursuivre, ce qui stabilise à la marge l’approvisionnement de l’île.
- Limites réelles : Pemex fait face à des contraintes de production et d’exportation, et les capacités de livraison ne suffisent pas à résoudre la pénurie systémique de carburant de Cuba. La transparence des conditions (prix, paiements, contreparties) reste incomplète.
❓ Cuba peut‑elle « tomber » ?
Les économistes et analystes parlent moins d’un effondrement immédiat que d’une crise appelée à s’aggraver. Sans pétrole vénézuélien et avec des volumes mexicains limités, l’île intensifierait les coupures et le rationnement ; l’effet sur le réseau électrique (déficits > 1 700 MW) et le tourisme (arrivées en forte baisse en 2025 vs 2024, très loin des niveaux 2019) serait direct.
À court terme, la survie économique de Cuba tient à la gestion du carburant (pour les centrales thermiques, la génération distribuée et les patanas turques), à la réparation des unités critiques (Antonio Guiteras, Felton, etc.), et au maintien de flux externes (Mexique, autres). À moyen terme, les autorités reconnaissent la nécessité de transformations « structurelles », tout en réaffirmant le cadre socialiste — ce qui limite la portée des réformes selon plusieurs analystes.
🧭 Ce qui change après la chute de Maduro
- Risque de rupture des flux PDVSA vers Cuba (quasi‑arrêt immédiat ou redirection sous contrôle US) ; impact direct sur la production d’électricité et les transports.
- Montée des pressions américaines sur les pays fournisseurs de Cuba (dont Mexique), avec débats sur l’opacité des envois et leurs conditions.
- Discours de Washington prévoyant une chute du gouvernement cubain ; La Havane réplique en dénonçant une politique d’agression et insiste sur sa souveraineté.
📌 Conclusion
Cuba vit déjà en mode survie. La fin ou la forte réduction du pétrole vénézuélien rend le pétrole mexicain décisif — mais insuffisant. Tant que l’île ne dispose pas de carburants stables et n’opère pas de réparations majeures (et/ou réformes énergétiques), on s’attend à des black‑outs plus longs, une production affaiblie et des recettes touristiques en berne. La vraie question n’est plus « si la crise va empirer », mais jusqu’où le système peut tenir sans un filet énergétique plus robuste et des réformes crédibles.
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